Songs from below

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from Songs from Below
Philippe Jaccottet
It’s easy to talk, and writing words on the page
doesn’t involve much risk as a general rule:
You might as well be knitting late at night
in a warm room, in a soft, treacherous light.
The words are all written in the same ink,
‘flower’ and ‘fear’ are nearly the same for example,
and I could scrawl ‘blood’ the length of the page
without splashing the paper or hurting
myself at all.

After a while it gets you down, this game,
you no longer know what it was you set out to achieve
instead of exposing yourself to life
and doing something useful with your hands.

That’s when you can’t escape,
when pain is a figure tearing the fog
that shrouds you, striking away
the obstacles one by one, covering
the swiftly decreasing distance, now
so close you can make out nothing
but his mug wider than the sky.

To speak is to lie, or worse: a craven
insult to grief or a waste
of the little time and energy at our disposal.

*
Might there be things which lend themselves
more readily to words, and live with them
-those glad moments gladly found in poems,
light that releases words
as if erasing them; while other things
resist them, change them, destroy them even –

as if language resisted death,
or rather, as if death consumed
even the words?

otherness

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Other
Genevieve Bon
Evenings on your face
you’d place a bird
spread-winged
And you were no one but
The dead bird
With glass button-eyes

Naked masked face
of a dead bird
And your glass pearls
on the blood of your hands
Before them you danced
Sorceress

As they’d taught you
As they’d left you
Dust
I loved you
Dolled up humble half-dead
Prostitute with glass beads
for eyes.

Original

Autre
Le soir sur ton visage
Tu mettais un oiseau
les ailes déployées
Et tu n’étais personne
que l’oiseau mort
aux yeux de verre

Nue la face masquée
D’un oiseau mort
Et des perles de verre
Sur le sang de tes mains
Tu dansais devant eux
Sorcière

Comme ils t’avaient appris
Comme ils t’avaient laissée
Poussière
Je t’aimai
Parée humble demi-morte
Prostituée aux yeux de verre

Photo by Lisa Woakes on Unsplash

way

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Way
Tristan Tzara
What is this road that separates us
across which I hold out the hand of my thoughts
a flower written at the end of each finger
and the end of the road is a flower which walks with you

Original

Voie
quel est ce chemin qui nous sépare
a travers lequel je tends la main de ma pensée
une fleur est écrite au bout de chaque doigt
et le bout du chemin est une fleur qui marche avec toi

each mile

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The right path
Jacques Prévert
At each mile
each year
old men with closed faces
point out the road to children
with gestures of reinforced concrete.

Original

Le droit chemin
À chaque kilomètre
chaque année
des vieillards au front borné
indiquent aux enfants la route
d’un geste de ciment armé

Photo by rawpixel on Unsplash

unshaded avenue

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Untitled
Claude de Burine
An unshaded avenue
will from now on be my life
where once I spoke love
the way a sheet is spread in the sun
with my absent voyagers
more living than the living
milestones along the way
towards an unknown world
minus passport or time
where words hoist black flags

Original

Une allée sans ombre
sera maintenant ma vie
où je disais amour
comme un étend un drap au soleil
avec mes absents voyageurs
plus vivants que les vivants
bornes sur le chemin
vers un monde inconnu
sans passeport ni temps
où les mots hissent le drapeau noir.

confusing berries

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For those confused about berries

The Blackberries
Francis Ponge

On the typographic bushes of the poem down a road leading neither out of things nor to the mind, certain fruits are composed of an agglomeration of spheres plumped with a drop of ink.

*
Black, rose and khaki together on the bunch, they are more like the sight of a rogue family at its different ages than a strong temptation to picking.
In view of the disproportion of seeds to pulp birds don’t think much of them, so little remains once from beak to anus they’ve been traversed.

*
But the poet in the course of his professional promenade takes the seed to task: ‘So,’ he tells himself, ‘the patient efforts of a fragile flower on a rebarbative tangle of brambles are by and large successful. Without much else to recommend them – ripe, indeed they are ripe – done, like my poem.’

Original

Les Mûres

Aux buissons typographiques constitués par le poème sur une route qui ne mène hors des choses ni à l’esprit, certains fruits sont formés d’une agglomération de sphères qu’une goutte d’encre remplit.

*
Noirs, roses et kakis ensemble sur la grappe, ils offrent plutôt le spectacle d’une famille rogue à ses âges divers, qu’une tentation très vive à la cueillette.
Vue la disproportion des pépins à la pulpe les oiseaux les apprécient peu, si peu de chose au fond leur reste quand du bec à l’anus ils en sont traversés.

*
Mais le poète au cours de sa promenade professionnelle, en prend de la graine à raison : ‘Ainsi donc, se dit-il, réussissent en grand nombre les efforts patients d’une fleur très fragile quoique par un rébarbatif enchevêtrement de ronces défendue. Sans beaucoup d’autres qualités, – mûres, parfaitement elles sont mûres – comme aussi ce poème est fait.’

Photo by Don Lu on Unsplash

infinite murmur of dawn

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Sagesse
Birago Diop
Sans souvenirs, sans désirs et sans haine
Je retournerai au pays,
Dans les grandes nuits, dans leur chaude haleine
Enterrer tous mes tourments vieillis.
Sans souvenirs, sans désirs et sans haine.

Je rassemblerai les lambeaux qui restent
De ce que j’appelais jadis mon cœur
Mon cœur qu’a meurtri chacun de vos gestes ;
Et si tout n’est pas mort de sa douleur
J’en rassemblerai les lambeaux qui restent.

Dans le murmure infini de l’aurore
Au gré de ses quatre Vents, alentour
Je jetterai tout ce qui me dévore,
Puis, sans rêves, je dormirai – toujours –
Dans le murmure infini de l’aurore.

 

la nuit

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Tisons dans la nuit
Bernard B. Dadié
Nègres de toutes les couleurs,
Et de toutes les latitudes,
hommes des profondeurs et des soutes
gluants de fatigue et titubant de soucis,
Nègres roulant à fond de cale dans le temps,
immergés, submergés, écrasés, écartelés,
dressés pour courir après le pain dit quotidien
et sans cesse trembler à la bourrasque
des maîtres et des courtisans ;

hommes d’aucune confraternité
qui ne sachant ni louer, ni prier, ni ramper,
portons le poids des complaisances ;
clients des bals populaires dans les marchés fétides
des corbillards de sixième classe
des messes de requiem sans apparat

Nègres de toutes les couleurs,
de toutes les lisières, de toutes les frontières
vendus au poids d’heures de travail,
tisons dans la nuit,
le soleil à son lever nous retrouve sur le chemin.

Les marchands ont rebâti le temple
Le pain et le vin distribués sur la montagne
aux frères, sont remis sous verrou
Et l’écuelle dans nos mains, bâille
de faim, de soif
nos côtes servent de harpe au vent
le soleil à son lever nous retrouve sur le chemin
Les longues étapes ne nous font pas peur
Nous savons dompter la faim et le froid.

Nègres de toutes les latitudes,
Roulant à fond de cale dans le temps,
Que de nos mains unies
Jaillisse la flamme
Qui éclairera le nouveau trajet de l’homme.

tristesse en mai

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It’s May and what better way to start the month than to lie? I am only including the original of this particular poem – I don’t have a translation (can’t find an already-done one and don’t have time to come up with a plausible/satisfactory translation myself right now). But I still couldn’t resist sharing it, wanting to expand the range of poetic voices included here.

Tristesse en mai
Léopold Sédar Senghor
C’est la douceur fondue du soir
transparent vers dix-sept heures au mois de mai.
Et monte le parfum des roses.
Comme pièces de monnaie au fond de l’eau en zigzaguant
tombe le compte lourd de ma journée.

Des cris—qui sait si c’est de haine ?—
Des mots de fronde sur des visages d’adolescents.
Poussière et dos ruisselants, enthousiasmes, essoufflements.
Des enveloppes douloureuses avec paysages de baobabs,
corvées en file indienne et charognards sur fond d’azur.
Bien des confidences encore.
Et pour relever mes épaules,
pour donner le courage d’un sourire à mes lèvres défaites,
pas un rire d’enfants fusant comme bouquet de bambous,
pas une jeune femme à la peau fraîche, puis douce et chaude,
pas un livre pour accompagner la solitude du soir,
pas même un livre !

Photo by Shreekar P on Unsplash