fingers of a year

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Untitled
Nadia Tuéni
Oh Nocturnal weavings,
the Voyagers of the Orient count your courtesies
upon the fingers of a year.

The wind and its allies
open themselves up just like a woman.
And all speaks of all.
The sounds I imagine are rivers or sobs.
Oh night sun as free as death,
as at that instant when each observes the other.
That is why I have stolen away underneath my tongue a land,
and kept it there like a host.

Original

O Nuits élaborées
les Voyageurs d’Orient comptent vos politesses
sur les doigts d’une année.

Le vent et ses alliés
s’ouvrent tels une femme.
Et tout parle de tout.
Les bruits que j’imagine sont rivière ou sanglot.
O soleil de la nuit libre comme la mort,
on dirait cet instant où chacun se regarde.
Aussi ai-je enfermé sous ma langue un pays,
gardé comme une hostie.

she will never let me sleep

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The Lover
Paul Éluard
She stands on my eyelids
And her hair is in mine,
She has the shape of my hands,
She has the color of my eyes,
She is swallowed by my shadow
Like a stone against the sky.

Her eyes are always open,
And she will never let me sleep.
Her dreams in broad daylight
Make the suns evaporate,
Make me laugh, cry, and laugh,
Speak when having nothing to say.

Original

L’amoureuse
Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s’engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.

Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s’évaporer les soleils
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.

fresco of hate

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Untitled
Nadia Tuéni
I lived in the house opposite
opposite the war and the Garden
of buried dead and rose bushes,
forgotten ancestors in the movement of a path,
in a cubic space of memory.
Beneath the balcony of an eye, half a body,
the other forming an angle on the pavement.
Half a body, lone sign upon my fresco of hate.

Original

J’habitais la maison d’en face,
face à la guerre et au Jardin,
de morts plantés et de rosiers,
ancêtres oubliés dans la dynamique d’une allée,
dans un cube de mémoire.
Sous le balcon d’un oeil, une moitié de corps,
l’autre formant un angle sur le trottoir.
Une moitié de corps, signe isolé sur ma fresque de haine.

Bouche d’or

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Honestly, what can I say except that it is better in the original French? The translation isn’t mine, and even if I think some of the translation projects nice imagery, I don’t feel like it reflects the original tone all that accurately. But what do I know? I’m no translator.

At the 5 corners
Blaise Cendrars
To be brave enough to make noise, and to make it
Everything’s color, motion, explosion, light
Life’s flowering in the windows of the sun
which melts in my mouth –
I’m ripe –
Translucent, I fall down in the street.

No kidding!

I don’t know how to open my eyes?
Mouth of gold –
In this game, the stakes are poetry.

Original

Aux 5 coins
Oser et faire du bruit
Tout est couleur mouvement explosion lumière
La vie fleurit aux fenêtres du soleil
Qui se fond dans ma bouche
Je suis mûr
Et je tombe translucide dans la rue

Tu parles, mon vieux

Je ne sais pas ouvrir les yeux?
Bouche d’or
La poésie est en jeu

make me real

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Untitled
Nadia Tuéni

Was I born of a lie
in a country that did not exist?

Am I one tribe at the confluence of two opposing bloods?

But perhaps I am not.
But of course I am not, your equations prove it,
even while lowering my voice I do not hear the sea,
nor do I hear the light.
Who will make me real?
Threatened, therefore living,
Wounded, therefore being,
Fearful, therefore frightening,
Erect, therefore a flame tree.

Who will make me real?

Original

Suis-je né d’un mensonge
dans un pays qui n’existait pas ?

Suis-je tribu au confluent de sangs contraires ?

Mais peut-être ne suis-je pas.
Certes je ne suis pas, vos équations le disent,
même en baissant la voix je n’entends pas la mer,
ni n’entends la lumière.
Qui me rendra présent ?
Menacé, donc vivant,
blessé, donc étant
peureux, donc effrayant,
debout, donc flamboyant.

Qui me rendra présent ?

Photo by Greg Becker on Unsplash

“we ourselves were eternity”

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Eternity
-Eugène Guillevic
Eternity
was never lost.

What we did not know

Was how to translate it into days,
skies, landscapes,

into words we said to others,
into authentic gestures.

But holding onto it for ourselves,
that was not difficult,

and there were even moments
When it seemed clear
That we ourselves were eternity.

Original

L’éternité
ne fut jamais perdue.

Ce qui nous a manqué
Fut plutôt de savoir

La traduire en journées,
En ciels, en paysages,

En paroles pour d’autres,
En gestes vérifiables.

Mais la garder pour nous
N’était pas difficile

Et les moments étaient présents
Où nous paraissait clair
Que nous étions l’éternité.

Photo by Daniel Roe on Unsplash

“bitter caprice of the sands”

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Toute vie…
-René Char
Toute vie qui doit poindre
achève un blessé.
Voici l’arme,
rien,
vous, moi, réversiblement
ce livre,
et l’énigme
qu’à votre tour vous deviendrez
dans le caprice amer des sables.