confusing berries

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For those confused about berries

The Blackberries
Francis Ponge

On the typographic bushes of the poem down a road leading neither out of things nor to the mind, certain fruits are composed of an agglomeration of spheres plumped with a drop of ink.

*
Black, rose and khaki together on the bunch, they are more like the sight of a rogue family at its different ages than a strong temptation to picking.
In view of the disproportion of seeds to pulp birds don’t think much of them, so little remains once from beak to anus they’ve been traversed.

*
But the poet in the course of his professional promenade takes the seed to task: ‘So,’ he tells himself, ‘the patient efforts of a fragile flower on a rebarbative tangle of brambles are by and large successful. Without much else to recommend them – ripe, indeed they are ripe – done, like my poem.’

Original

Les Mûres

Aux buissons typographiques constitués par le poème sur une route qui ne mène hors des choses ni à l’esprit, certains fruits sont formés d’une agglomération de sphères qu’une goutte d’encre remplit.

*
Noirs, roses et kakis ensemble sur la grappe, ils offrent plutôt le spectacle d’une famille rogue à ses âges divers, qu’une tentation très vive à la cueillette.
Vue la disproportion des pépins à la pulpe les oiseaux les apprécient peu, si peu de chose au fond leur reste quand du bec à l’anus ils en sont traversés.

*
Mais le poète au cours de sa promenade professionnelle, en prend de la graine à raison : ‘Ainsi donc, se dit-il, réussissent en grand nombre les efforts patients d’une fleur très fragile quoique par un rébarbatif enchevêtrement de ronces défendue. Sans beaucoup d’autres qualités, – mûres, parfaitement elles sont mûres – comme aussi ce poème est fait.’

Photo by Don Lu on Unsplash

infinite murmur of dawn

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Sagesse
Birago Diop
Sans souvenirs, sans désirs et sans haine
Je retournerai au pays,
Dans les grandes nuits, dans leur chaude haleine
Enterrer tous mes tourments vieillis.
Sans souvenirs, sans désirs et sans haine.

Je rassemblerai les lambeaux qui restent
De ce que j’appelais jadis mon cœur
Mon cœur qu’a meurtri chacun de vos gestes ;
Et si tout n’est pas mort de sa douleur
J’en rassemblerai les lambeaux qui restent.

Dans le murmure infini de l’aurore
Au gré de ses quatre Vents, alentour
Je jetterai tout ce qui me dévore,
Puis, sans rêves, je dormirai – toujours –
Dans le murmure infini de l’aurore.

 

la nuit

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Tisons dans la nuit
Bernard B. Dadié
Nègres de toutes les couleurs,
Et de toutes les latitudes,
hommes des profondeurs et des soutes
gluants de fatigue et titubant de soucis,
Nègres roulant à fond de cale dans le temps,
immergés, submergés, écrasés, écartelés,
dressés pour courir après le pain dit quotidien
et sans cesse trembler à la bourrasque
des maîtres et des courtisans ;

hommes d’aucune confraternité
qui ne sachant ni louer, ni prier, ni ramper,
portons le poids des complaisances ;
clients des bals populaires dans les marchés fétides
des corbillards de sixième classe
des messes de requiem sans apparat

Nègres de toutes les couleurs,
de toutes les lisières, de toutes les frontières
vendus au poids d’heures de travail,
tisons dans la nuit,
le soleil à son lever nous retrouve sur le chemin.

Les marchands ont rebâti le temple
Le pain et le vin distribués sur la montagne
aux frères, sont remis sous verrou
Et l’écuelle dans nos mains, bâille
de faim, de soif
nos côtes servent de harpe au vent
le soleil à son lever nous retrouve sur le chemin
Les longues étapes ne nous font pas peur
Nous savons dompter la faim et le froid.

Nègres de toutes les latitudes,
Roulant à fond de cale dans le temps,
Que de nos mains unies
Jaillisse la flamme
Qui éclairera le nouveau trajet de l’homme.

tristesse en mai

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It’s May and what better way to start the month than to lie? I am only including the original of this particular poem – I don’t have a translation (can’t find an already-done one and don’t have time to come up with a plausible/satisfactory translation myself right now). But I still couldn’t resist sharing it, wanting to expand the range of poetic voices included here.

Tristesse en mai
Léopold Sédar Senghor
C’est la douceur fondue du soir
transparent vers dix-sept heures au mois de mai.
Et monte le parfum des roses.
Comme pièces de monnaie au fond de l’eau en zigzaguant
tombe le compte lourd de ma journée.

Des cris—qui sait si c’est de haine ?—
Des mots de fronde sur des visages d’adolescents.
Poussière et dos ruisselants, enthousiasmes, essoufflements.
Des enveloppes douloureuses avec paysages de baobabs,
corvées en file indienne et charognards sur fond d’azur.
Bien des confidences encore.
Et pour relever mes épaules,
pour donner le courage d’un sourire à mes lèvres défaites,
pas un rire d’enfants fusant comme bouquet de bambous,
pas une jeune femme à la peau fraîche, puis douce et chaude,
pas un livre pour accompagner la solitude du soir,
pas même un livre !

Photo by Shreekar P on Unsplash

Let go of me

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Untitled
Nadia Tuéni
In the heat of the sun,
with the wind round my neck
and rain whipping at my mouth,
in the heat of the sun,
I watch the walls of my memory sweat.
It was you who, just a step away,
held out your hair so that I might cling to it.
Discard, then, all these bullets
that kill or do not kill according to the rules of tenderness.
Now, let go of me, for I am sent reeling, my womb
red with the blood of us all.
And I laugh in the heat of the sun,
because madness garners the landscape,
studiously.
Even you just a step away wear winter upon your face
so as to wrest from me my life’s breath
and hang it over the border.
So in the heat of the sun
I die of incoherence
in bursts.

Original

En plein soleil,
avec le vent autour du cou
et fouets de pluie dans la bouche,
en plein soleil,
je regarde suinter les murs de ma mémoire.
Tu es celui qui, à trois pas,
m’as tendu ses cheveux pour que je m’y accroche.
Fais donc voler toutes ces balles
qui tuent ou ne tuent pas selon des règles de tendresse.
Lâche-moi à présent,
car je chavire de l’autre côté de mon ventre
rouge du sang de tous.
Et je ris en plein soleil,
parce que la folie moissonne le paysage,
studieusement.
Même toi à trois pas mets un hiver sur ton visage
pour m’arracher mon souffle et
l’accrocher à la frontière d’à côté.
Alors en plein soleil
je meurs d’incohérence
en éclats.